Issu de l’article paru dans « La Montagne » le 27/08/1958
La localité de VENDES est située à 370 m d’altitude, c’est-à-dire l’une des côtes les plus basses du Cantal.
Elle occupe le fonds d’un cirque naturel ou deux torrents cantaliens, la Sumène et le Mars, viennent se rejoindre avant de poursuivre leur route vers la Dordogne au fond d’une gorge hallucinante.
Jadis, VENDES constituait une importante étape de la route « Mauriac-Clermont » et les charrois de marchandises, autant que les diligences, avaient besoin de renfort pour gravir la rude montée conduisant au plateau de Mauriac.
Cela représente près de 350 m de dénivellation qui mettait à rude épreuve la résistance des chevaux.
De même qu’on met deux locomotives aux trains qui montent vers le Lioran à partir de Vic-sur-Cère, de même on doublait la traction des diligences ou des carrioles chargées de marchandises avant d’affronter la rude montée.
Le renfort était toujours prêt !
La ferme de Bassignac, la plus importante de la région, puisqu’elle compte plus de soixante vaches laitières, entretenait plusieurs paires de bœufs spécialement entraînés à servir de renfort.
Dès que le signal convenu, un coup de trompe, retentissait à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, un bouvier accouplait les bœufs, assujettissait une grosse chaîne au joug et partait dépanner les postillons et les routiers.
La « locomotive » animale arrivait à pas lents, majestueusement, et les bœufs étaient attelés au convoi à la lueur fumeuse d’une lanterne.
Parfois la neige et le verglas couvraient le sol, mais dès que le bouvier criait d’une voix tonnante : « hardi Cantal » ! Avance Mont-Dore ! » la diligence démarrait, même si les chevaux harassés n’appuyaient que mollement sur le collier.
Les voyageurs assoupis, restaient engoncés dans leurs couvertures et sentaient que la lourde guimbarde démarrait.
La côte était longue : 8 kilomètres, et la vitesse des bœufs ne dépassait pas 3 kilomètres à l'heure.
On était moins pressé qu’aujourd’hui en ces temps là et l’on arrivait quand même !
Le jour commençait à poindre lorsque le convoi atteignait Boissières, au sommet de la côte. On dételait les bœufs et le bouvier recevait un franc, pardon une livre de rétribution pour le renfort.
Lorsqu’il s’agissait d’un convoi revenant de la « vinade », le bouvier recevait en supplément une bonne lampée de vin de Limagne. Après quoi, tout ragaillardi, il prenait la descente et ramenait l’attelage à la ferme. Il remettait la pièce d’argent au patron.
Le relais rapportait suffisamment au fermier de Bassignac pour payer le fermage ! Les domestiques ne gagnaient pas de gros salaires et les bœufs étaient lâchés au pacage, en été.
L’assistance aux convois étaient rigoureusement obligatoire. Le fermier s’engageait par contrat à secourir les conducteurs dans l’embarras et recevait une subvention du département. Il était tenu de prêter, de jour et de nuit, assistance aux routiers, moyennant une honnête rétribution.
J’emprunte régulièrement cette côte en voiture ! Et il me suffit d’appuyer sur l’accélérateur pour franchir en quelques minutes les 8 Km. J’avoue avoir, à chaque fois, une pensée pour ces convois d’autrefois !